Le rucher PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Vendredi, 20 Février 2009 16:59

La vie des abeilles racontée simplement...

Au refuge, nous avons dores-et-déjà deux essaims qui sont venus s'installer dans des ruches l'an dernier.

Les abeilles domestiques sont des hôtes précieux des jardins, car elles pollinisent à elles seules une très grande quantité de fleurs, et ces dernières peuvent alors produire des fruits tant pour les hommes que pour les oiseaux ou les animaux (lierres et vignes vierges par exemple). Aussi, une ruche peut contenir jusqu'à 60.000 abeilles, et le fait d'en installer quelques-unes dans un refuge est une source de découvertes incroyables et d'utilité incontestable pour l'écosystème.

1Au coeur de la ruche

La pose de ruches est tout de même sujette à une certaine règlementation par rapport au voisinage (2 mètres de distance entre les ruches et la limite cadastrale, mais il est conseillé de laisser bien plus de marge, une quinzaine de mètres semble le minimum) et bien évidemment il est recommandé de clôturer de rucher lorsque des enfants fréquentent la zone. Les abeilles ne sont guère toutes agressives, et leur agressivité dépend pour beaucoup d'un dérangement en mauvaise saison ou lors d'un changement brutal de temps (chute barométrique, vent, temps lourd et orageux...) Bien sûr, celles-ci défendent aussi leur ruche et les gardiennes veillent à l'entrée. Il y a donc une technique d'enfumage nécessaire avant d'ouvrir une ruche. De nombreux ouvrages pourront vous renseigner, et la visite chez un apiculteur pourrait vous permettre de lever l'appréhension. Les abeilles méritent notre attention, et elles savent nous récompenser largement des quelques soins que nous pouvons leur prodiguer. Enfin, il faut déclarer le rucher dés la première ruche à la Chambre d'Agriculture de votre département, sinon vous n'aurez pas droit aux produits sanitaires contre le varroi ! Évidemment, cela est intéressé, car un impôt sur les ruches est en vigueur et le taux est fixée en fonction des départements. Cet impôt est redevable à partir de la dizième ruche, même si le rucher est un rucher amateur, mais la déclaration des ruches est obligatoire dés la première ruche, dans l'année qui suit son installation...

2Couvain d'abeilles

Couvain d'abeilles.

3Echange de nourriture

Abeilles s'échangeant le nectar en vue de le rendre plus dense en sucres par le phénomène d'invertase qui s'opère dans le jabot de l'abeille. En faisant passer le nectar de jabot en jabot, celui-ci peut ainsi se transformer en futur miel. Ensuite, il sera déposée dans une alvéole où des ventileuses assureront une chute du taux d'humidité. Enfin, quand l'alvéole sera pleine de miel, une abeille y déposera une goutte de venin provenant de son dard (pour la conservation et pour tuer les éventuels parasites et pores) et les cirières colmateront enfin l'alvéole. Remarquez l'abeille pleine de pollen, celle-ci vient, sans le savoir, d'assurer la fructification de l'espèce végétale qu'elle a fréquenté par l'ensemencement des fleurs visitées.

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Couvain d'abeilles.

Au bout de la flèche rouge (cliché 4), la reine qui, se trouvant sur ces rayons, y pond jusqu'à 2000 oeufs par 24 heures en pleine saison. Le grossissement sur cliché 5 permet de mieux se rendre compte de la différence de taille entre la reine et les ouvrières. Cela est dû au fait que la reine est à l'origine un oeuf d'ouvrière nourri plus longtemps avec de la gelée royale. Cela a pour effet de développer les organes génitaux de l'abeille-reine et sa taille.

Le saviez-vous ? Un oeuf stérile chez les abeilles donne toutefois naissance à... un faux-bourdon ! Et oui, les mâles chez les abeilles sont tous nés d'oeufs stériles (ou tout au moins non fécondés lors de leur passage dans la spermathèque de la reine). En effet, la reine ne s'accouple qu'une seule fois dans sa vie, lors d'un petit voyage de noce assez particulier ! En effet, c'est par 14 bourdons qui seront d'abord venu lui faire des révérences et auront été élus par Madame qu'elle sera saillie !! Trois semaines après sa naissance, la Reine s'envole dans ce que l'on nomme un vol nuptial, et elle est fécondée tour à tour par ses 14 amants (ce sont les recherches génétiques récentes qui ont permis de comprendre que la Reine n'était pas saillie que par un seul bourdon comme on le pensait jusqu'ici). Ceux-ci sont tellement épris d'elle qu'ils y laisseront leurs organes génitaux et, en se déchirant, ils mourront alors rapidement après l'accouplement. Une fois l'accouplement terminé, les bourdons meurent ayant "tout donné" et la reine retourne à sa ruche accompagné par ses très nombreuses suivantes, témoins du mariage aux 14 maris (sic!) et protectrices (elles font diversion pour les éventuels prédateurs qui ont ainsi moins de chance de gober la reine-mère !!) Ensuite, elle commencera sa tâche de poule pondeuse "d'abeille pondeuse" et assumera le rôle de survie et de cohésion de la colonie. Une ruche populeuse est une colonie qui sera mieux armée contre les prédateurs et les maladies, les risques de famine et d'orphelinage.

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Entrée de ruche à la fin de l'hiver. Les abeilles font le ménage de la ruche. D'un coup d'oeil, un bon apiculteur peut déjà présumer de la santé d'une ruche en observant l'entrée de celle-ci. Ici, on y détecte des cocons vides de teigne. Les abeilles ne sortent que sur un côté de la ruche, indiquant qu'elles n'occupent pas tous les cadres de rayons et donc qu'elle est affaiblie. L'apiculteur devra intervenir rapidement pour retirer les cadres trop atteints et éviter que ce parasite ne prenne le dessus sur la colonie, risquant de la mettre en péril. L'invasion de fausse teigne indique également que la colonie a besoin d'une visite sanitaire pour tenter de déterminer si cette atteinte n'est pas dû à une autre pathologie qui affaiblirait la ruche et l'empêcherait de ce fait de ce prémunir contre ce prédateur. Les larves de fausse teigne dévorent la cire des cadres et répand une odeur nauséabonde dans la ruche. Les fausse teigne adultes peuvent pondre plusieurs milliers d'oeufs, c'est donc une course contre la montre. Les abeilles peuvent parvenir à exterminer les larves de ce parasite dans les débuts de l'invasion lorsque la colonie est suffisamment forte. Mais à la fin de l'hiver, la colonie est plus fragile, sa population peu nombreuse, et la priorité est aussi de trouver les premiers nectars, pollens, et sources d'eau pour relancer l'élevage du couvain et de faire des sorties sanitaires (les abeilles retiennent leurs déjections dans une "ampoule" interne à leur organisme et ne les relâchent que lors d'un "vol de propreté" durant les journées les plus douces en fin d'hiver. Elles ne font jamais de déjections dans la ruche, sauf dans le cas de certaines maladies telle que la mycose au début du printemps généralement.)

Une reine abeille peut vivre 4 à 5 ans grand maximum (contre 3 semaines pour une ouvrière sauf les ouvrières d'automne qui vivront exceptionnellement jusqu'au printemps suivant pour la relève de la colonie du fait que la reine arrête de pondre en fin d'automne). Toutefois, celle-ci ne meurt généralement pas de sa bonne mort. Il y a des révolutions quand le peuple n'est pas content ! Aussi, les ouvrières tueront la reine lorsque celle-ci commencera à pondre trop d'oeufs non fécondés. Elles s'agglutineront alors autour d'elle et l'étoufferont de la sorte en faisant violemment élever sa température corporelle. Les ouvrières en élèveront alors une nouvelle. Une autre raison peut amener la reine-mère à mourir : Quand une nouvelle reine vient à naître, si la mère reine n'a pas tuée celle-ci dans son alvéole avant sa naissance, ou si la colonie n'a pas décidé d'essaimer avec la vieille reine, alors un violent combat pourra se produire entre les concurrentes. Dans ce cas, c'est la plus vaillante qui survivra au combat. En général, ce sont les plus jeunes qui gagnent... Et la jeune reine devra alors accueillir de nombreux faux-bourdons venant de toutes les colonies voisines pour tenter d'être l'un des heureux élu (quoique le bonheur sera de courte durée pour eux comme nous venons de le voir !) et le cycle recommencera.

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Abeilles construisant un cadre à provisions et y emmagasinant les premiers miels. On le voit, les cellules operculés (bouchées) sont remplies de miel. Les cellules de couvain operculées ont une teinte plus brune que les cellules à miels. Quand au pollen, il n'est pas operculé mais pilonné dans les cellules (les abeilles se servent de leur tête pour pilonner le pollen dans les cellules afin que l'air ne corrompe pas ce précieux butin qui sert à nourrir les larves). Elles le reprendront pour nourrir les larves en remixant alors le pollen avec de l'eau que les butineuses iront rechercher à l'extérieur.

Mais ô fait, qu'est-ce qu'ils font tous ces faux-bourdons ?

Les bourdons sont rois ! Et tous ne sont pas élus pour la reproduction, loin de là ! Mais ils assurent la pérennité du patrimoine génétique de par leur nombre très élevé en belle saison, assurant ainsi un mixage évitant le plus possible la consanguinité et ses dangers. Cela leur donne un titre de seigneurie dont ils usent abondamment ; aussi, les bourdons se font la belle vie. Non seulement ils ne travaillent pas, mais en plus ils ont accès librement aux réserves de toutes les colonies qu'ils visitent à volonté et sans restriction ! Ils n'ont nullement besoin de présenter leurs papiers pour entrer dans les colonies étrangères à leur lieu de naissance et peuvent ainsi, selon leur bon loisir, aller de ruche en ruche, de colonie en colonie, tantôt prendre un repas, tantôt faire les curieux aux cas où ils tomberaient face à une superbe reine vierge qui ne ferait que les rendre encore plus frivoles et enthousiastes de gouter la vie à pleines dents ! Mais non contents de ne rien faire, ils espèrent encore en plus être l'heureux élu de Missis beauté de l'année... souvent en vain. Cependant, le conte se termine assez mal... pour les mâles ! Autant la fable de Lafontaine sur "la cigale et la fourmis" enseigne que la fourmis envoie promener la cigale quand l'hiver est venu, l'accusant d'avoir chanté tout l'été et de n'avoir rien foutu de ses journées ; autant les abeilles gardiennes enverront paitre les bourdons en fin d'été (ou enverront les bourdons sur les roses si vous préférez ;-) ), leur faisant comprendre que désormais ils ne sont pas les bienvenus et que la maison est... close, mais "maison close" signifiant ici qu'elle est désormais fermée aux mâles ! A partir de là, les gardiennes sachant très bien que l'hiver arrive, que les abeilles reines sont fécondées, et donc que les mâles ne sont plus que des nuisibles ponctionneurs de ressources hivernales, celles-ci leur interdisent désormais formellement l'entrée. S'il le faut, elles font usage de la force et vont jusqu'à tuer ceux qui, dans un dernier élan de passion estivale, espèrent encore pouvoir jouir des biens de la collectivité sans jamais payer l'impôt ni travailler et se faire la marianne de la ruche contre sa volonté !! Elles n'ont aucune difficulté à tuer ces mâles qui ne sont guère équipés de dard (histoire d'éviter les assassins de reines !!) Bref, nous ne sommes en République que lorsque les ressources sont abondantes. Ensuite, messieurs les bourdons sont priés de diminuer leur train de vie et d'aller voir ailleurs si il y a du nectar dans les fleurs d'hiver !

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Butineuses rentrant des prairies verdoyantes du causse au printemps. A l'entrée, sur la planche d'envol, on peut apercevoir une abeille gardienne qui contrôle les entrées. D'autres gardiennes et ventileuses peuvent se trouver à l'entrée intérieure de la ruche.

 

Savez-vous ce que devient une ruche orpheline dont la mère-reine meurt ?

Lorsqu'une ruche devient orpheline (la reine meurt et il n'y a pas d'oeuf de moins de trois jours pour élever une nouvelle reine) les abeilles entrent dans une phase de désespoir (il n'y a plus d'avenir pour la colonie). L'activité cesse, les butineuses se laissent mourir en puisant les dernières réserves, les gardiennes ne défendent plus la ruche contre les pillardes et les intrus. Certaines d'entre elles, en dernier recours, vont se mettre à pondre des oeufs forcément stériles. Ceux-ci aussi donneront naissance à des mâles qui ne seront d'aucune utilité pour sauver la colonie de la perdition. La colonie est plongée dans le désordre absolu, les phérormones de la reine ne sont plus perceptibles par les ouvrières qui se désolidarisent alors totalement de l'ensemble, car sans reine point de colonie et point de vie sociale organisée. Parfois les abeilles jeunes s'en vont après avoir puisé dans les dernières réserves et elles vont tenter de se faire adopter dans une autre colonie. Les gardiennes, à l'entrée de cette dernière, vont aller à la rencontre de l'étrangère. Comme elles repèrent que l'abeille arrive avec le jabot emplit de réserve, en général elles la laisseront alors passer et celle-ci, une fois entré dans la ruche, en prendra l'odeur et sera définitivement adoptée. Elle déposera le butin dans les alvéoles de sa nouvelle demeure et partira travailler : Dans le meilleur des cas, elle reprendra alors une nouvelle vie dans cette nouvelle colonie.

Revenons maintenant à notre colonie où la reine est heureusement bien présente : En haut à gauche du cliché 4, sur le rayon, des abeilles ont la tête plongée dans les alvéoles. Elles y puisent du miel car l'enfumage de la ruche simule aussi un incendie de forêt. De fait, lorsqu'on enfume une ruche, les abeilles se précipitent sur les réserves en vue d'un éventuel départ d'urgence et ce, afin de préserver des capacités minimales pour s'installer dans de nouvelles contrées sans mourir de faim. En effet, pour produire un kilo de cire nécessaire à la construction des premiers rayons d'une nouvelle installation, les abeilles doivent obligatoirement consommer 10 kilos de miel.

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Les jeunes abeilles qui viennent de naitre nettoient la cellule où elles se sont développées pour arriver à l'âge adulte afin qu'elle soit propre pour la prochaine fois où la reine viendra y pondre. Les abeilles nourrices alimentent les jeunes larves. Pour cela elles plongent la tête dans les cellules de couvain et y déposent une mixture qu'elles préparent au préalable en puisant dans les stocks qui sont toujours présents tout autour du couvain (miel et pollen). Le couvain peut s'étendre sur plusieurs cadres dans une ruche (et c'est même préférable !) mais n'occupe jamais à 100% le cadre bâti. En effet, la reine pond en cercle au milieu du cadre, les abeilles préservant le reste de l'espace pour y déposer les réserves de nourriture nécessaires au nourrissage du couvain. Ainsi, elles économisent en déplacements : tout est sur place et ce, sur chaque face du cadre bâti (le cadre est bâti sur les deux faces).

Aussi, lorsqu'une ruche essaime, une attitude similaire à celle que nous venons de décrire se produit : Dans ce cas, seule la moitié de sa population environ suit la vieille reine pour laisser place à sa successeur. Les abeilles ouvrières prennent alors des réserves importantes dans la ruche qu'elles quittent afin de s'installer dans leur demeure à venir et d'avoir de quoi construire les premiers rayons avant de pouvoir à nouveau reprendre le cours normal de "l'activité économique" de la ruche.

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Essaim d'abeilles entrant dans sa nouvelle demeure.

Le saviez-vous ? => Pour produire un seul kilo de miel, il faudra que 200 abeilles y consacrent toute leur vie, en faisant une moyenne de 40.000 sorties d'un kilomètre de la ruche aux fleurs. Cela signifie que pour produire un kilo de miel les abeilles parcourent l'équivalent d'un tour du monde ! Et pour produire un kilo de cire, elles consomment 10 kilos de miel, donc l'équivalent de 10 tours du monde totalisés par le travail de 2000 abeilles pendant toute leur vie !

Pour aller plus loin : Encyclopédie sur l'abeille et l'apiculture.

Mise à jour le Jeudi, 21 Mai 2009 08:06