| Une journée avec les faucons pélerins. |
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| Écrit par Administrator |
| Mercredi, 15 Juin 2011 08:10 |
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La technique d'observation à l'affût est l'outil numéro un du naturaliste qui n'a pas les moyens de s'offrir du matériel onéreux. D'ailleurs, c'est aussi cette ambiance particulière et cette proximité avec la nature qui lui font choisir souvent cette méthode d'observation plutôt qu'une autre... Dans ce reportage photo, je vous propose de découvrir le faucon pélerin. Il est nécessaire de préparer de longs mois à l'avance l'installation stratégique de l'affût avec deux objectifs : Être au bon endroit - Ne pas déranger l'espèce observée en abusant des possibilités. Cette année j'ai donc passé en tout et pour tout 5 heures dans cet affût pour prendre quelques clichés, faire quelques observations et me faire plaisir aussi c'est vrai ;-). Il faut dire que l'on ne peut avoir un peu plus de chance d'observer les faucons en affut que durant quelques jours par an. Merci à B. Noihlan pour commencer, sans qui je n'aurai jamais pu réaliser ces clichés. C'est lui qui a construit l'affût au bon endroit et qui s'est cassé la tête (et les bras !) pour faire cet affût au milieu de nulle part, ce fameux "milieu du nulle part" qui est le seul lieu où les aigles sont libres et heureux. Quoi de mieux qu'un week-end de l'Ascension pour monter avec les aigles ? ;-)Et maintenant entrons dans le vif du sujet si vous le voulez bien ! Samedi 04 juin 2011 05h30 - première tentative d'observation en affut. Les oiseaux ne viendront pas. La brume semble ne pas jouer en faveur d'une chasse fructueuse.
Photo prise au prieuré, au cours d'une randonnée matinale. 17 heures - deuxième période en affut. Arrivée des jeunes ! Ils resteront une demi-heure environ.
Le faucon a un regard perçant. Ici, il observe tout ce qui bouge dans son environnement. L’acuité visuelle du faucon, malgré la faible taille de son œil, est deux fois et demi supérieure à celle de l’humain. Il peut discerner un objet de 2 mm à une hauteur de 18 m alors qu'un aigle quand à lui peut repérer un objet de 16 cm à 1500 m de hauteur. L'oeil des rapaces peuvent repérer et identifier la nature d'un objet 3 à 8 fois plus éloigné que ne le fait l’œil humain (8 fois si l’objet renvoie des reflets ou des contrastes lumineux supérieurs à la moyenne environnante, 3 fois si cet objet se confond avec l'environnement). Autrement dit, même en tenue de camouflage, le moindre mouvement est perçu par l'oiseau, d'où l'utilité de l'affut.
Leur cou est très mobile, ils peuvent effectuer une rotation de la tête de 270°. Enfin, ils sont dotés au niveau de la vue de ce que l'on nomme des fovéas qui leur assurent un champ de vision pratiquement unique parmi les espèces animales. Ce que l'on nomme la fovéa (zone la plus sensible de la rétine) comporte 5 fois plus de cellules que chez l’être humain. Le faucon pèlerin, comme tous les rapaces diurnes, possède deux fovéas. Les rapaces nocturnes quant à eux n'en possèdent qu'une seule. Chez le faucon donc, une fovéa se situe sur le bord de la rétine et la seconde au centre de celle-ci. Cette dernière permet à l'oeil de posséder une vision identique à ce que peut donner une loupe. Elle grossit alors la partie de l’image que vise plus particulièrement l'oiseau en rendant ainsi certains détails bien plus perceptibles. Les dispositions de ces deux fovéas confèrent aux rapaces diurnes un champ de vision exceptionnel de 110 °. De plus, cette capacité leur permet non seulement de repérer les proies de très loin, mais aussi de posséder une vision microscopique de près. Les faucons pèlerins peuvent ainsi se nourrir également de petits insectes qu'ils capturent sans difficultés avec leur bec.
La révérence du fauconneau Le faucon pèlerin a également une technique de chasse propre à lui. Il attaque sa proie par surprise. Il commence pour cela par décoller dans la direction opposée à la proie visée afin de ne pas attirer son attention tout en prenant de l'altitude assez rapidement. On dit qu'il feint sa proie. Durant cette phase son vol peut allègrement atteindre et même dépasser les 100 km/h. On appelle ce premier stade d'attaque le "vol de placement". Il prend alors de l'altitude rapidement, entre 300 et 600 mètre généralement mais parfois entre 1000 et 2000 mètres. C'est le premier stade de sa tactique très évoluée. Puis, subitement, d'un coup d'aile, il fait demi tour et fonce vers elle. On dit alors qu'il fronde en piqué sur sa proie en se laissant tomber comme une pierre pouvant ainsi atteindre la vitesse vertigineuse de plus de 400km/h (d'après une étude basée sur des calculs, dans la réalité celle-ci est en moyenne de 250 km/h tout de même avec des pointes à 320 km/h au moins). L'oiseau est équipé au niveau de l'entrée des orifices respiratoire de ce que l'on nomme un "frelon" qui a pour rôle de limiter l'arrivée d'air pendant les piquets à grandes vitesse. En effet, sans cet élément, le faucon ne pourrait plus respirer car les poumons resteraient constament emplis d'air sous pression pendant la phase du piquet. Son piquet n'est pas forcément vertical. Il peut cependant réaliser une plongée sur parfois plus d'un kilomètre en corrigeant légèrement sa trajectoire. Pour se faire, il rabat ses ailes le long de son corps tout en s'en servant comme aide directionnelle à la navigation par de très légères corrections aux conséquences aérodynamiques décuplées par la vitesse élevée. Au moment de saisir sa proie il ouvre les ailes pour ralentir subitement avant de heurter sa victime avec ses pattes et l'on entend raisonner dans la vallée comme un coup de fusil. C'est le faucon pèlerin en phase terminale d'attaque. L'attaque se termine de deux manières. Soit la proie est buffetée : Il assomme sa proie par le choc occasionné avec ses pattes. La victime ainsi assommée "roule" dans les airs et le faucon fait une figure aérodynamique spécifique afin de la rattraper en plein vol. cette figure spectaculaire se nomme la culbute. Le faucon tue alors rapidement sa proie en lui assainant un coup de bec au niveau de la moelle épinière. Pour ce faire, le bec du rapace est équipé d'un crochet spécifique qui se nomme "la dent". La mort est instantanée sans souffrance. Sinon la proie est liée : Il ne fait pas la figure de la culbute pour les petites proies mais les tue directement en les empoignant dans ses serres. Cette technique de chasse cependant, aussi impressionnante soit-elle, ne lui autorise à ne capturer qu'une proie sur quatorze en moyenne. La principale difficulté de sa technique est qu'il peut être repéré par sa victime qui change alors subitement de direction en tentant de se rabattre vers le sol. Dans ce cas précis, le faucon doit corriger autant que possible sa trajectoire et réalise des piquets secondaires. Il poursuivra sa proie avec assiduité toutefois, tant qu'aucun obstacle ne mettra sa vie en péril. Il est capable de procéder à des virages courts à très grande vitesse sans perdre le contrôle de sa navigation. Si l'oiseau prédaté a réussi à regagner les branches d'un arbres, alors le faucon lui laissera la vie sauve et repartira après un bref temps de repos.
Le faucon pélerin possède une vue particulièrement perçante. De loin, il repère sa proie par l'effet de loupe de sa vision, de près il peut également mettre en oeuvre une définition optique macroscopique. Sur le rocher, ce faucon va capturer un petit insecte qu'il consommera. Les insectes font en effet partie de l'alimentation de cet oiseau.
Les faucons pélerins lancent souvent des cris lors de leur arrivée. Ici le second jeune vient rejoindre l'autre membre de sa fratrie. Ils vont très prochainement être sevrés. La mère, lorsque ses jeunes sauront se débrouiller et chasser par eux-même, ne leur apportera plus de nourriture. Ils devront alors trouver un nouvel espace de chasse et de reproduction qu'ils défendront assiduement. Les corbeaux sont les pires enquiquineurs des faucons, ils n'hésitent pas à les chamailler. Mais il s'acharnent aussi sur les autres rapaces diurnes telles les buses par exemple. Il n'est pas rare de voir deux ou trois corvidés empêcher un rapace de chasser en le perturbant dans son vol jusqu'à ce qu'il capitule. Enfin, il arrive que les faucons pélerins baillent souvent. Il s'agit de vers -situés dans la partie supérieure de leur trachée- qui les irritent mais qui n'ont pas de conséquences.
Ci-dessus, les jeunes faucons se reposent et attendent leur mère. Celle-ci leur apprend les techniques de chasse peu à peu, par étapes. En leur ramenant d'abord les proies au nid, les fauconneaux apprendront peu à peu à les déplumer par eux-même. Ensuite, après l'apprentissage à l'envol, la mère commence par les habituer à rattrapper les victimes qu'elle tue en les lachant dans les airs. Les jeunes fauconneaux seront alors récompensés s'ils rattrapent la victime qui leur appartiendra pour leur repas. Cette technique innée permet à la la mère d'entraîner ses fauconneaux à fronder sur leurs proies. En effet, les jeunes, en poursuivant la proie morte qui tombe s'habitueront peu à peu à fronder vers leur proie. Ils ne feront bientôt plus la distinction entre la proie que leur jette la mère et les oiseaux vivants qu'ils finiront par aller chasser d'eux-même.
Le jeune faucon pélerin a régulièrement besoin de se muscler. il n'hésite pas à faire des exercices !
Les faucons regardant vers le ciel guettent le retour de la mère ou focalisent leurs regards vers une proie potentielle. Jusqu'à la petite graine de pissenlit voltigeant dans les airs, tout leur est occasion d'éveil à la curiosité et d'affûtage du sens de l'observation, éléments essentiels pour leur survie à venir. Ils doivent apprendre à voir ce que les autres oiseaux ne voient pas afin que par la suite ils puissent user de cet avantage pour surprendre leurs proies. Avant de quitter le rocher, les oiseaux décident de me faire un dernier adieu... La mère ne rapportera pas de proie cette fois-ci.
Ainsi étaient-ils arrivés :
...ainsi repartiront-ils au loin. Je retourne vers le prieuré, un peu triste de partir si vite. Mon bonheur est cependant à son comble et cette première expérience de photo animalière en milieu sauvage sans nourrissage (contrairement aux passereaux de cet hiver que j'ai photographié au poste de nourrissage) m'a procuré une expérience inoubliable. Nous sommes ici à mille lieux des distractions artificielles dans lesquelles s'est enfermé l'homme "moderne", nous sommes au coeur de la beauté de la simplicité. C'est un fait, lorsque l'homme retrouve personnellement son contact originel et respectueux avec la nature, il ne peut que comprendre les raisons des dangers qui menaçent l'homme "artificiel" d'aujourd'hui et l'environnement naturel si fragile malgré son apparente force.
Et la journée s'achève par un superbe coucher de soleil. Au cri des faucons succèdera celui des hulottes, de la même manière qu'à la brume a succédé la Lumière. Ainsi se perpétue le cycle de la vie où le mouvement s'oppose sans cesse à l'immobilité. Note : Dimanche 12/06/2011 : Revu les trois faucons en vol (sans doute les deux jeunes et la mère) vers les collines de Penne. 15/06/11 : Nous les voyons de temps en temps revenir dans les parages, mais les jeunes sont bien émancipés et vont de plus en plus loin toujours accompagnés de la mère. INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES :Sur le terrain : Grand faucon au corps massif et trapu, aux larges ailes triangulaires. Plumage : La femelle, plus sombre sur le dessus que le mâle, a des barres plus visibles sur le dessous. Elle est légèrement plus grande que le mâle. Les jeunes ont le dessous blanc jaunâtre et les « moustaches » brunes. Nourriture : Il est l'un des plus grands spécialistes de la chasse au haut vol. Il capture les pigeons, grives, étourneaux, geais, pics auxquels il ajoute des insectes et petits mammifères. Site du nid : Il s'installe dans une falaise à basse altitude, l'aire étant située sur une corniche. Il niche jusqu'à 2300 mètres d'altitude. Nid : Le couple se contente de gratter le sol près de la paroi pour former une petite dépression. Nichée : 3 à 6 oeufs mats, blanc jaunâtre, fortement tâchés de roux sont pondus entre février et fin avril. La couvaison dure 29 ou 30 jours et est réalisée entièrement par la femelle. 1 ponte annuelle – semi nidicole. Quitte le nid entre le 32ème et le 42ème jour. Longueur : 70cm Poids : Mâle de 580 à 635g. - Femelle : de 925g à 1kg. Longévité : peut atteindre 16 ans. Menaces actuelles : stérilité des oeufs à cause de produits chimiques (DDT et autres organochlorés) dont on retrouve les traces dans les oeufs stériles et qui tuent les embryons (il arrive que les oeufs cassent avant la naissance des oisillons par fragilité de la coquille). Heureusement les produits organochlorés sont bannis depuis 1975. Cette intoxication de la chaine alimentaire a fortement impacté les rapaces en général, tant diurnes que nocturnes. Les sports de nature (escalade) présentent un danger extrême tant cet oiseau est sensible au dérangement sur son lieu de nidification. Le braconnage (venu principalement d'Allemagne) a fortement impacté la chute considérable de couples dans les années 60 car les petits sont très vulnérables. Une surveillance accrue des sites de nidification permet d'éviter ces captures (trafics de faucons pèlerins). En savoir plus sur le faucon pélerin :Ouvrage - Titre : Le faucon pélerin
Sources ayant permis d'édifier en grande partie ce reportage :
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| Mise à jour le Vendredi, 18 Novembre 2011 20:42 |

















